Lain : serial experiments, la série animée réalisée par Ryutaro Nakamura, part d’éléments classiques du cinéma japonais mais les traite de manière inhabituelle. Le graphisme et le montage utilisés de façon très originale permettent au réalisateur de créer un nouveau type de narration. Lain est extrêmement riche et il faudrait écrire des dizaines de pages pour tenter d’en tirer toute la substance. Nous allons donc nous intéresser en particulier au premier épisode qui expose le personnage et les thèmes principaux et où apparaît déjà toute la  richesse et la complexité de la série.



    Nous évoluons de prime abord en terrain connu :  notre personnage principal, Lain, est une écolière à part, qui a du mal à s’intégrer dans son école et à communiquer avec les autres membres de sa famille. Beaucoup de films ou de dessins animés sont battit sur le même schéma. Prenons par exemple le début de la série Neon Genesis Evangelion. Nous avons un garçon introverti qui communique difficilement avec les autres et surtout avec son père. Là ou les deux séries différent très rapidement c’est que le jeune homme doit affronter des créatures terribles et se battre par robots interposés. Dans Lain point de robot, ni même d’ennemis à affronter, point de scènes de combat.

 

    À la place d’un ennemi qu’on désigne du doigt au spectateur nous nous retrouvons face au mal être de Lain. Celui-ci apparaît dès le générique (qui doit être étudié avec attention car il fait partie intégrante du récit). Ce qui est intelligible lors du premier visionnage c’est la vulnérabilité de Lain, sa solitude. Le spectateur s’identifie tout de suite à elle ou tout au moins compatit car cette petite fille, coiffée d’un bonnet orné d’une tête d’ourson, apparaît comme un petit être fragile, une sorte de victime que l’on voudrait protéger. La chanson est très importante. Nous assimilons automatiquement ces paroles aux pensées de Lain :

I am falling, I am fading

I have lost it all
I am fallin, I am fading
I am drowning
Help me to breathe
I am hurting
I have lost it all
I am losing
Help me to breathe

                                                                                    


Plus qu’une simple tristesse, ces mots laissent entendre qu’elle ressent une détresse profonde. Le mal être de Lain n’est pas clairement défini même si on perçoit très bien sa solitude. Tout le monde peut s’identifier à elle et dès le début de la série le spectateur est focalisé sur les émotions de Lain et adopte son point de vue.


    Dès la première seconde, c’est-à-dire dès les premières images d’introduction, avant même le générique, le spectateur est manipulé. Une voix nous dit que l’histoire se passe ici et maintenant et donc à priori  nous devrions évoluer dans un univers connu, mais le rire inquiétant nous avertit que les choses ne vont pas être aussi simples. Puis sur un écran qui grésille apparaît le visage de Lain qui nous regarde. En la voyant dans un écran de télévision le spectateur à la sensation que Lain est là. Cela lui confère une sorte de réalité. Puis il y a un noir de quelques secondes qui nous laisse le temps de nous voir nous refléter dans l’écran. Nous devenons aussi réels (ou irréels) que la fillette. Puis Lain apparaît de dos, se retourne et nous regarde encore. Nous devenons un des nombreux doubles de Lain. Nous faisons déjà partie de l’histoire.  Mais de quelle histoire ?


    Une des toutes premières scène est le suicide d’une autre écolière, Chisa. Est-ce pour montrer que le malaise que ressent Lain est partagé par d’autres de ses camarades ? Est-ce pour nous montrer que c’est ce qui attend Lain ? Sont-elles semblables ? Ce qui nous empêche de poursuivre clairement ces premières pistes et nous pousse presque à les oublier est le flou au niveau de la localisation. Lain est-elle vraiment dans la rue, dans le métro ou dans sa chambre ? En effet, les paysages se troublent et certaines personnes apparaissent et disparaissent. Le graphisme contribue à déréaliser ce que l’on voit à l’écran : les rues dans les tons pastel aux couleurs qui se diluent et disparaissent , le brouillard, les ombres pourpres et rouges dans lesquelles semblent se mouvoir une sorte de globules et le son des lignes à haute tension crée une atmosphère lourde et inhabituelle. Lain est perdue : sa vision se trouble, elle entend des voix quand personne ne parle, de la fumée sort de ses mains, des personnages bougent les lèvres, mais aucun son n’est audible. Ses troubles de perceptions sont partagés par le spectateur qui s’enfonce de plus en plus dans un univers inconnu où rien ne fait sens et où rien ne paraît logique. Tout comme Lain il perd ses repères.



    La perte des repères est poussée à l’extrême car Lain semble ne pas comprendre qui elle est. D’ailleurs qui est-elle ? Est-elle l’écolière introvertie que nous avions imaginée ? Dans ce premier épisode, Lain n’est parfois qu’un dessin, une esquisse. Quoi de plus angoissant que d’avoir des doutes sur soi même ? Cette perte de repère la mène à un dilemme intérieur. Que faire ? Rester cette petite fille habillée en ourson qui se réfugie dans son monde intérieur ou partir à la recherche d’elle-même. Il semble qu’elle préférerait ne pas savoir : elle n’est pas au courant des dernières nouvelles qui circulent dans son l’école, elle ne consulte pas ses mails, n’est pas férue d’informatique  ou de sorties comme beaucoup de ses camarades. Elle paraît vouloir tout ignorer de la vie et ne pas vouloir grandir. Mais elle n’a pas le choix. Quand le fantôme de Chisa la contacte, elle ne peut que se lancer dans sa quête puisque parallèlement à cet événement, elle ne contrôle pas les phénomènes dont elle est la victime et se pose des questions sur son identité.


    Cela introduit un des thèmes majeurs de la série : la connaissance. Vaut-il mieux savoir ou ne pas savoir ? Lain ne livre pas une bataille contre un ennemi extérieur, mais s’engage dans une quête d’elle même qui parfois la conduit à se battre contre ses propres résistances au savoir. Si Lain se lance dans la connaissance, son amie Alice, est un de ses doubles qui la refuse. Elle est ce que Lain aurait pu devenir si elle avait ignoré l’appel de Chisa. Dans un des épisodes Lain croyant faire un cadeau à Alice n’efface pas de sa mémoire tous les souvenirs qu’elle a retirés à tous les autres. Cela rend Alice très malheureuse. Elle aurait préféré ne rien savoir, ne se souvenir de rien. Lain finit par exaucer ce vœu et n’ayant plus personne avec qui partager retourne à sa solitude, plus profonde encore, quasi abyssale.


    Là ou d’habitude le héros même solitaire, progresse en trouvant sinon des amis,  des alliés, des compagnons de route, Lain n’a vraiment personne à qui parler. Alice a bien tenté de l’aider mais sans parvenir à lui apporter un réel réconfort. Peut-être parce qu’elle voulait que Lain devienne une écolière comme les autres et l’ancrer dans la réalité alors que Lain avait décidé de partir sur un chemin totalement opposé. Donc au lieu d’apprendre de ses rencontres avec d’autres personnes Lain se replie sur elle même et entreprend une sorte de voyage intérieur qui est en même temps un voyage au cœur du « wired », labyrinthe d’informations et d’informatique. D’ailleurs il est important de noter que les personnages qu’elle rencontre sur son chemin sont souvent des autres elle-mêmes. Cela apparaît dès le générique où l’on peut déjà voir les trois différents visages de Lain que nous retrouverons tout au long de la série.






    Ces problèmes d’identité sont au cœur du propos du réalisateur. Prenons par exemple le problème d’identité du personnage principal de Blood, the last vampire de Hiroyuki Kitakubo. L’héroïne est à la fois vampire et tueuse de vampire est son problème d’identité est prétexte à replacer le film sur un plan historique. Ici le problème d’identité de Lain introduit plutôt une problématique philosophique :  qu’est ce que l’être humain ? La mort ? Dieu ? Pour cette dernière question, comme pour les autres, de multiples pistes sont lancées. Dieu est-il une entité différente des hommes ? Est-ce qu’ils l’ont créé ? Est-ce-qu’il existait avant eux ? Est-ce que Lain est Dieu ? Est-ce que Dieu est chacun de nous ? Après visionnage de la série, on peut répondre à la fois oui et à la fois non à toutes ces questions. Aucune réponse n’est donnée, aucune piste n’est vraiment refermée. C’est au spectateur de réfléchir. Le spectateur est plus que jamais acteur et engagé dans la fiction qu’il regarde.

    Il est cependant difficile pour nous de prendre du recul car tout comme Lain qui navigue dans le « wired »,  le spectateur progresse dans la série en essayant de comprendre et de glaner des informations. Car il s’agit aussi de cela. Mêlées à la narration, et à l’animation nous retrouvons de vraies images et de vraies informations, notamment dans le neuvième épisode « Protocol ». La nature même de la fiction que nous regardons est bousculée. Tous les codes habituels sont bouleversés. Tout est déconstruit et le spectateur doit reconstruire lui-même, se frayer un chemin. Par exemple chaque épisode commence par les mêmes images comme si la série n’était que le même événement qui tourne en boucle. Et la voix que l’on entend sur un fond coloré s’adresse à qui ? À Lain ? À nous ? Dans l’épisode 11, « Infornography » où se télescopent des images de tout le début de la série où quand Lain réécrit les événements on se rend vite compte qu’on ne peut pas faire confiance à nos sens.
 



    Notre seul allié est notre cerveau (l’activité cérébrale est d’ailleur un thème majeur de la série). Cette déconstruction force le spectateur à être actif et à construire lui-même. Lain qui n’est pas vraiment un personnage, n’est pas vraiment Dieu, n’a pas vraiment d’existence car elle est surtout le chemin ( signification du mot « lain » en anglais) qu’emprunte  le spectateur, qu’il est invité à parcourir. De même la série est une suite d’expériences cinématographiques ( serial experiments ) qui sont aussi une exploration. Le réalisateur ne nous offre ni un produit fini , ni des réponses aux questions qu’il suscite mais ouvre des portes sur des mondes inconnus.



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Commentaires

Salut!


Merci d'etre passé sur mon blog...


Bravo pour tes articles et merci de nommer tes sources (plus facile pour se documenter par la suite)


Je te souhaite une bonne continuation


(si tu poses un fil sur le forum "vos blog"  fait moi signe)


Au plaisir de te lire.


Amicalement.


LOMOK

Commentaire n°1 posté par lomok le 07/02/2006 à 23h28

RE....


En effet , en relisant le comm je remarque que je me suis mal exprimé.... Le "merci de nommer tes sources" était plutot adressé à l'article de "la belle et la bete" ( un compliment normalement...)


Milles excuses encore de m'etre mal exprimé....


LOMOK

Commentaire n°2 posté par lomok le 08/02/2006 à 22h44
Nannnnnnn, c'est moi la fautive.
Je le ferai plus :-( lol
C'est quoi le forum "Vos blogs" ?
Réponse de Nadine le 08/02/2006 à 23h43

Ave!


C'est le forum ou tu fais la pub de ton blog mais tu peux aussi discuter... C'est sympas quoi..


Bonne nuit!

Commentaire n°3 posté par lomok le 09/02/2006 à 21h01
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